Dans la liesse de Sourat - L'Orient-Le Jour

August 13, 2013

Une foule d’amis pour perpétuer la tradition de la rencontre de Sourat. Niché au sein du vallonnement des montagnes du Batroun, Sourat a accueilli, dans la liesse, un mélange de cultures, où musique classique et arabe, peinture et exquises nourritures terrestres se sont chaleureusement répondues.

Dans la liesse et une heureuse convivialité, la fête et la célébration de l’été se sont prolongées à travers une piste de danse, sous des chênes centenaires, qui n’a pas désempli jusqu’après-minuit...
Dès la tombée du soir, à cette heure bleue où l’horizon rosit, se sont déversées les grappes de vacanciers et d’amis sur la place centrale du village. Une place apprêtée pour un concert et un dîner champêtre devant le parvis même de l’église en pierres de taille blanches.
Pour les amoureux de la musique classique, un menu agréable et accessible. Avec des morceaux mythiques. Le Clair de lune de Beethoven au clavier et le quintette La Truite de Schubert.

Pour cela, cinq musiciens : Tobias Koch (piano), Claude Chalhoub (violon), Volmar Holz (violon alto), Katrin Geelvink (violoncelle) et Robert Kissel (contrebasse).
Dans un firmament sans clair de lune, on attendait beaucoup plus du compositeur de Fidelio qui hélas, dans cette version en plein air, n’a guère brillé de mille feux. Terne et bruyante interprétation où les cordes du clavier (probablement l’humidité ambiante) avaient du mal à donner une belle résonance au milieu d’un public à la bougeotte constante.
Plus rassurant et plaisant était le morceau La Truite, mais dominé par le grésillement d’une sonorisation mal réglée et surtout le babil d’un photographe qui jacassait sans vergogne et dardait ses flashs sur un auditoire qui tentait quand même de se recueillir et se concentrer.
En deuxième partie du programme, une charmante brochette d’airs folkloriques libanais avec Georges Nehmé et son orchestre. Rythmes, cadences, ritournelles prestement levées et voilà qu’un esprit festif et joyeux survole en toute légèreté l’audience brusquement portée à quelques balancements des mains, de discrets déhanchements, de chevilles soudain agiles et surtout sourire aux lèvres.
Face au parvis de l’église, dans la maison d’accueil qui a servi limonades fraîches, cacahuètes dans un petit cornet en papier et café chaud dans gobelets en plastique, rafraîchissante petite plongée dans l’œuvre picturale de Mouna Bassili Sehnaoui. 
Une trentaine de tableaux sont exposés dans la grande salle. Sous la palette généreuse de l’artiste vibrent des couleurs ensoleillées, des personnages tissés d’une savoureuse simplicité, des lignes aux tracés fins et des représentations d’une vie orientale nimbée de poésie et d’humour.
On salue ces charmants petits tableaux où Mouna Bassili Sehnaoui revisite les icônes et la musique à travers perles, dorure et collages divers. Un astucieux et subtil mélange pour revisiter les notions du sacré et du profane.
Les sons envolés, la peinture admirée, place à ce buffet dressé, levant le voile sur l’art culinaire libanais. Les arbres ont frissonné de plaisir et les convives s’en sont donnés à cœur joie. 
Tout comme pour cette piste de danse qui a vite fait d’attirer jeunes et beaucoup moins jeunes, pour des rythmes entraînants où salsa, funk, hip-hop et rock ont carrément fait de l’œil aux troncs noueux des arbres et à leurs feuilles immobiles prêtant des oreilles absolument attentives... 
En ce moite mois d’août, c’est ainsi que doivent s’animer tous les villages du pays du Cèdre: festifs, conviviaux, la main sur le cœur et ce cœur ouvert... à l’amitié, à la culture, à la joie de vivre.